Photographie, Art et vidéo
Alberto Castillo
Tableaux photographiques
Sensible à la peinture baroque, l'art moderne en passant par la photographie surréaliste et documentaire, j' intègre à ma recherche formelle les figures de style de chaque mouvement . J'explore les capacités expressives propres à la photographie; temps d’exposition, cadrage. Il s’agit de modeler par la lumière, les formes qui apparaissent spontanément dans un dispositif photographique, d’interpeller le spectateur à travers l’illusion, l’évocation de formes qui se dégagent du monde réel.
Mon travail s'inscrit dans une recherche formelle et conceptuelle fondée sur l'image et le langage à travers l’enregistrement du réel. L’appareil fixe cet intervalle où les corps sont sur le point de changer d’état, ou plutôt d’atteindre leur forme inédite. Il s’agit d’attester l’apparition et la disparition des phénomènes physiques et sensibles à travers l’exploration photographique d’une situation, d’un lieu, d’une rencontre. De percevoir l’objet à travers la sensibilité, les partis pris. D’attester dans la conjonction des signes les formes sensibles du réel.
Ma démarche fait appel au langage à travers l’image et ce qu’elle nous évoque. Elle établit des rapports entre l’objet et le langage. Entre la vue et la parole, entre l’objet et l'expérience de cet objet. Entre la mémoire individuelle et collective. Formellement ce projet renvoie à la photographie surréaliste. Images comme textes fonctionnent comme des cadavres exquis, des rébus, des ready made.
Classées par séries, leurs titres et légendes, plus évocateurs que factuels, décrivent tantôt un geste, un objet, un nom propre, un lieu réel ou imaginaire: Aysun, Corps, L'Esquive, Interstices, L'Arbre, Saluna. De longues listes se succèdent. Les images génèrent alors une tension entre le sujet et ce à quoi il renvoie. Il s’agit de créer les conditions qui permettent de transcender les rencontres entre les êtres et les choses à travers l’action artistique. De restituer un processus dans lequel les corps des êtres et des choses perdent toute intention afin de faire émerger des formes sensibles, inédites, à travers le contingent. Aussi bien dans mon travail documentaire que dans mes compositions photographiques, la question du langage est impliquée à travers l’enumeration. La production qui en résulte figure le réel comme un catalogue expériences sensibles.
Le spectateur doit confronter le domaine sensoriel à la polysémie des images, elles sont complexes, ambiguës, la rigueur formelle de leurs compositions met en scène des formes qui en appellent d’autres. Corps, surfaces, ombres et lumières font émerger de sa réalité immédiate un monde intérieur et poétique. Ma démarche interroge le réel et notre relation à lui, dans un vaste système de représentations et de signes.

Aleph
En choisissant la nouvelle L'Aleph pour nommer sa série photographique, Alberto Castillo établit une relation avec l'œuvre de Jorge Luis Borges basée sur quelques aspects formels et conceptuels récurrents dans ses nouvelles; c'est la représentation de l'infini, l'évocation de l' univers, l'énumération d’objets, ainsi que sur les limites du langage pour décrire de telles immensités.





