projet photographique Impressions. Collège Sainte Anne La Gacilly


Cette série est le résultat d'une belle collaboration entre les élèves de sixième du collège Sainte Anne et leurs professeurs Anne Hardy, Virginie Huard-Conan et moi-même. Il s’agissait de modeler par la lumière, par les masses, les formes apparaissant spontanément dans un dispositif photographique, d’interpeller le spectateur à travers l’évocation de formes.

C’est autour de l’image photographique, de son invention et de ses implications dans l’art que ce projet voit le jour. Il fait référence à la Camera Obscura, instrument d'optique permettant d'observer une vue fidèle à la réalité sous la forme d'une projection sur un verre dépoli, ou bien sur un mur au fond d'une pièce. Inventée au Moyen Age, celle-ci permettait aux peintres de rapporter manuellement cette vue sur une toile ou une feuille de papier. La Camera Obscura est un peu l’ancêtre de l'appareil photographique qui utilise le même principe optique.

C’est dans cette relation au monde des arts et des sciences que la photographie est née. Le peintre Paul Delaroche annonçait, à son invention, la mort de la peinture. En réalité, elle la libérait. La photographie est née et avec elle tous les -ismes- de la peinture moderne.

Le réel intériorisé sera pour les artistes, motif et expression d'un monde senti, un dépassement des traditions académiques et de l'art mimétique.

Laissant à la photographie le soin de le reproduire comme une empreinte fidèle.

Objet de connaissance, l'image photographique se distinguera longtemps par sa capacité à certifier le réel attestant les effets de la lumière sur les les choses. «Ça a été». C'est par ces mots que Roland Barthes dans les pages de la Chambre Claire distinguera la photographie d'autres systèmes de représentation.

View Bullet Through Apple, 1964. Harold Edgerton

Aujourd'hui, nous avons réussi à fixer les instants dans des intervalles de plus en plus courts. Un exemple typique est la photographie de Harold Edgerton où une balle est saisie traversant une pomme. En décomposant le mouvement, l'image révèle un monde en accélération et témoigne sur nos rapports au temps où l'immédiateté règne. Mais l'image révèle également le caractère transitoire, incertain d'un réel saisi que partiellement. Paradoxalement, plus nos capacités à voir plus loin et plus vite s'accroissent et plus le réel perd, semble-t-il, son unicité. Perçu dans sa multiplicité, il donne le vertige.

Les longues minutes nécessaires à Daguerre pour fixer l'image du boulevard du Temple en 1838 font disparaître l'agitation des gens et des voitures tirés par des chevaux. Seul le boulevard, immobile décor, laisse sur la plaque l'impression d'un monde figé, vide et silencieux. L'image est précise et c'est l'une des premières de l'Histoire de la photographie. Ce furent huit minutes dans lesquelles l'appareil fixa aussi le temps, cristallisé sur une plaque d'argent polie. J'aime penser qu'il faut aussi huit minutes aux photons du soleil pour traverser l'espace, éclairer une rue, un visage.

Cette capacité à capter des intervalles est propre à la photographie. Elle révèle avant tout d'une expérience, celle de notre perception du réel et de ce qui n'est plus... le temps qui nous échappe.

Boulevard du temple 1838. Daguerre.

Pourquoi ce projet ?

L’objectif de ce travail collaboratif est double :

- d’une part, il propose à l’artiste d’entrer dans le collège. C’est l’art qui vient à l’élève, mais non plus d’une manière médiatisée comme en situation de cours dite « normale » (par le biais de vidéoprojections notamment). Cette disponibilité de l’artiste, ce déplacement vers eux veut montrer l’accessibilité de l’art au grand public, dont ils sont les plus jeunes membres. L’art ce n’est pas quelque chose d’éthéré, hors de portée, adressé seulement à une élite suffisamment cultivée. Le fait que La Gacilly soit depuis des années le lieu du Festival Photo crée d’ailleurs déjà ce climat de proximité pour les élèves. Ainsi, cette venue insiste sur le fait que l’art peut se faire, se créer, avoir lieu là, au collège, avec eux comme acteurs de réalisation d’œuvres. La démystification du rôle de l’artiste sera d’ailleurs évoquée par Alberto Castillo lors de la première rencontre avec les élèves.

- d’autre part, le dispositif proposé permettra aux élèves de s’interroger sur les rapports que peut entretenir la photographie avec la réalité. En découvrant notamment les influences liées au temps de pose, à la lumière et au choix de diaphragme, l’élève sera amené à s’interroger sur le degré de réalisme, de ressemblance, de véracité de l’image photographique. Le travail en situation de « studio » reconstitué pour l’occasion et la réflexion sur la mise en scène de l’image a pour objectif certes, de lui permettre de réaliser une image photographique qu’il jugera esthétique, artistique ; mais qui pourra résonner dans sa confrontation quotidienne aux images qu’il rencontre.

« En quoi cette image qu’on me propose est mise en scène ? Quels choix photographiques ont été faits ici, et dans quel but ? Est-ce une enregistrement neutre et objectif de la réalité ? Que suis-je vraiment en train de regarder ? ». Il s’agit donc pour nous de créer ici les conditions d’une satisfaction personnelle réelle, mais aussi d’une prise de conscience et d’un début de questionnement critique. Anne Hardy


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